La Sorgue se raconte

Après la pause estivale, Les Clés du patrimoine reprennent avec une ambitieuse « descente » de la Sorgue : une série d’émissions consacrées aux villages qui jalonnent ce cours d’eau, depuis sa résurgence au pied du Larzac jusqu’à son arrivée vers Sainte-Affrique. Première étape : Cornus, commune « à trois voix », née du regroupement administratif de Cornus, Canals-sur-Sorgue et la Bastide-des-Fonds au XIXᵉ siècle.​

Le château de Sorgue à Cornus

À Sorgue, un château au fond de la vallée contrôle un ancien axe. La résurgence, rare en pays sec, attire les hommes : habitat troglodyte, convois muletiers, dépôt votif gallo-romain. L’eau fait tourner des moulins, dont un martinet.

Sur le plateau, Canals est un lieu de passage près de la voie romaine et de villas. Un prieuré, attesté dès le XIe siècle, est détruit au XVIe, dans les tensions entre Cornus protestant et espaces plus catholiques.

La Bastide-des-Fonds, au bord d’une falaise, déroule un passé féodal : hommage au XIIIe (clés, bannière) et compoix du XVIIe listant habitants et redevances. La démographie s’érode, de plusieurs centaines au XIXe à moins de trente aujourd’hui.

Cornus se lit enfin par la Lèbre : fontaines tardives, moulins, foires, puis déclin après l’apogée du XIXe. Fortifications, guerres de Religion, exils et chemins (GR) rappellent que l’eau est la clé de lecture du territoire.

Les Castels de Sorgue, Fondamente

Dans la vallée de la Sorgue, Les Clés du patrimoine poursuivent leur “descente” avec une étape à Fondamente–Saint-Maurice, racontée par Henri Austrouille. La commune, rebaptisée Fondamente en 1987 (ex-Montpens), s’organise autour de la Sorgue et de son affluent l’Hirondelle, carrefour routier… et ferroviaire : une ligne ancienne, électrifiée, a marqué le territoire.

Le récit remonte loin : dolmen chalcolithique, traces de l’âge du Fer, cimetière wisigothique, puis Moyen Âge avec la baronnie de Montpens et un château aujourd’hui ruiné, autrefois stratégique. Le patrimoine religieux est dense : Saint-Pierre bâtie au-dessus d’une source, Saint-Rome-de-Berlière, et Sainte-Maurice (paroisse citée dès 942), sans oublier le pont royal de 1723.

L’eau structure aussi l’économie : moulins, scierie liée aux caisses du roquefort, verrerie, extraction de meules. Les caves d’affinage racontent une autre histoire, dont celle de Montpens, célèbre pour ses empreintes de dinosaures. Enfin, le tableau est celui d’un village passé d’environ 565 habitants au XIXᵉ siècle à un peu plus de 300 aujourd’hui.

La Sorgue des Moulins

Dans cette émission des Clés du patrimoine, Patrice Lemoux remonte le fil de la Sorgue par ses moulins, véritable colonne vertébrale économique de la vallée. Rivière torrentielle oblige, la plupart des installations ne sont pas « sur » la Sorgue mais en dérivation, grâce à des béals et paissières coûteux, portés par seigneuries, abbayes ou commanderies. Majoritairement à roues horizontales, les fameuses roudettes occitanes. Le panorama va des moulins de Sorgue (blé, papier, martinet) aux moulins foulons liés au textile, en passant par Fondamente : moulin bladier devenu atelier de tournage et menuiserie, production d’huile de noix puis turbine électrique, avant l’incendie de 1961. À Saint-Zell, une turbine alimente dès le début du XXe siècle la chaîne du froid du roquefort. Le parcours évoque aussi Verzo(l)s et ses 700 m de canal, La Peyre reconverti pour la filature, puis Sainte-Affrique, où l’on compte une soixantaine de moulins, souvent sur les affluents.

Le village de Latour, dans la vallée de la Sorgue

Dans la vallée de la Sorgue, Les Clés du patrimoine s’arrêtent à La Tour, aujourd’hui rattachée à la commune de Marnagues-et-Latour, où Bernard Souby raconte un village né autour d’un seul aimant : le château. Planté sur un promontoire entre la Sorgue et le ruisseau de Rose, le site serait très ancien : artefacts préhistoriques, biface daté d’environ 80 000 ans, traces d’occupation au bord du Rose et toponymie renvoyant à une divinité gauloise. Les documents évoquent le château autour de l’an 1000, et l’archéologie du bâti confirme des éléments au moins XIᵉ siècle.

Au pied des murailles, le castrum s’étire : une première rangée de maisons, puis une seconde rendue possible vers 1450 après modification du lit de la Sorgue — avec le risque de crues, rappelé en 2014. Longtemps agricole, La Tour vit aussi de deux moulins, dont un moulin banal doté d’un martinet et d’un usage foulon. Devenu exploitation après la Révolution, le château est racheté par la commune en 1990 et se reconvertit : visites, tiers-lieu, équipements numériques, bar-épicerie, et un projet d’espace de vie sociale.